lundi 7 mars 2016

Du sang dans la bouche

Les migrants de Calais ont fini par se coudre la bouche pour espérer se faire entendre. Le monde dans lequel nous vivons est ainsi tricoté : la parole n’a de valeur que blessée. La parole des opprimés, la parole des pauvres, la parole des précaires. Car la parole des riches, des puissants, des politiques, elle, ruisselle, pus gluant, bave grasse, jus fécal, en abondance. Elle remplit nos vies de son inanité, de sa vulgarité, de sa puanteur intrinsèque. Chaque jour, nous sommes contraints de vomir pour éviter l’empoisonnement. Mais se coudre la bouche suffira-t-il à atteindre l’oreille autiste ? Les puissants exigent d’être entendus, compris, loués pour ce qu’ils sont. L’effort selon eux ne peut s’accomplir que dans ce sens-là : l’opprimé doit entreprendre un mouvement vers l’immobile pouvoir ; il est absolument hors de question qu’un geste dynamique s’accomplisse dans l’autre sens : ils ne sont pas là pour pour produire du mouvement, esquisser un geste, engager une action, ils occupent le terrain et font du fric, point. C’est tout simplement une question d’étiquette. Peut-on admettre qu’un gueux ait quelque chose à dire ? Peut-on admettre que sa vie pèse ? À quelle aune est-elle jugée ? Et par qui ? Des connards atomiques de première bourre, assurément, des énarques, des politiques de mes deux, des fonctionnaires atrabilaires, toute une peuplade d’abrutis dégénérés, étriqués du bulbe, émasculés du sentiment, des hors-la-vie, des monstres familiers. Quand, mais quand donc allez-vous comprendre que vous êtes cuits, que l’on va finir par vous exterminer ? Sainte Colère, priez pour nous ! Que vous faut-il, Hollandais, Cameronais et Sarkoziens, commissaires européens et lobbyistes, que vous faut-il de plus pour comprendre que le monde ancien, le vôtre, est mort ? Du sang et des larmes ? Nous vous en promettons…




« Et ça travaille, tout ça. Ça pousse, ça force, dans la sourde nuit viscérale. Je résisterai encore cinq minutes, deux minutes, pas plus. Au-dessus de moi, au-dessous de moi, autour, il y a d’autres corps acharnés au dur travail de vivre… »
(Georges Hyvernaud, La Peau et les Os)

2 commentaires:

  1. Bonjour et merci pour vos mots !
    Ils mettent un rayon de soleil dans ma journée et combattent mes maux

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Commentaires