lundi 16 mai 2016

L'autarcie pacifique

Je crois que j’ai aimé Michel Tournier pour son premier roman, Vendredi ou les Limbes du Pacifique. Le plus beau jour de la semaine, la civilisation inversée, les espaces flous, le seul océan mythique, l’île perdue. Je crois que j’ai aimé Nanni Moretti pour son premier film, Je suis un autarcique. L’affirmation de soi, le refus de la société, la folie comme étendard, l’île que l’on porte.
J’ai lu tout Tournier, y compris ses livres bancals ; j’ai vu tout Moretti, y compris ses films blessés. Ce qui les relie, c’est avant tout cette force de l’individu face au groupe, et cela nourrit l’essence de leur narration. À mes yeux c’est la même spirale, qui m’emporte, celle qui me donne la force d’accrocher les mots au papier tels des coups de piolet sur une paroi rocheuse. Ce sont deux types qui m’ont toujours donné envie d’écrire et de m’inquiéter du style. L’un a écrit Journal extime et l’autre a écrit et filmé Journal intime (Caro Diario) ; ce sont deux facettes du même monde. Tournier est mort, puisse Moretti vivre cent ans. Je suis un autarcique du Pacifique. Grâce à eux.




« C’est juste après la guerre, à Lillebonne. J’ai quatre ans et demi environ. J’assiste pour la première fois à une représentation théâtrale, avec mes parents. Cela se passe en plein air, peut-être dans le camp américain. On apporte une grande boîte sur la scène. On y enferme hermétiquement une femme. Des hommes se mettent à transpercer la boîte de part en part avec de longues piques. Cela dure interminablement. Le temps d’effroi dans l’enfance n’a pas de fin. Au bout du compte, la femme ressort de la boîte, intacte. »
(Annie Ernaux, L’Écriture comme un couteau)

2 commentaires:

  1. Merci, je suis toujours contente de trouver d'autres fans de Moretti.

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    1. Merci à vous. Moretti doit être éternel… ou je tue le chien !

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Commentaires