mercredi 29 novembre 2017

Montreuil, 33e

Le salon du livre de jeunesse de Montreuil ouvre ses portes aujourd’hui. La Franceinter reçoit la directrice d’Albin Michel jeunesse. Lorsqu’il est question de la rémunération des auteurs de littérature jeunesse, que nous dit la dame ? La même chose qu’il y a trente ans : le secteur jeunesse n’obéit pas aux mêmes règles que la littérature vieillesse, 6 % pour l’auteur, d’accord, mais l’illustration… tout ça, ça coûte ; les éditeurs ET (?!?) les auteurs doivent prendre des risques. 1400 auteurs attendent une discussion. Oui, nous discutons, répond la dame. Ah.
En trente ans, on aimerait penser que les discussions, ouvertes depuis cette date, eussent abouti à quelque chose de concret ; on aimerait penser que l’édition de littérature jeunesse ne se résume pas à sa seule expression d’ouvrages illustrés (donc, majoritairement des albums) ; on aimerait penser que 3 % pour l’auteur et 3% pour l’illustrateur sont désormais indécents ; on aimerait penser que pour les auteurs des ouvrages « en noir », comme dit la dame, c’est-à-dire des ouvrages sans illustrations, on pourrait déjà admettre que l’auteur se verrait attribuer 10 % de droits comme en littérature vieillesse (là, le raisonnement économique assis sur des coûts de fabrication plus élevés ne tient pas, non ?) ; on aimerait penser qu’en trente ans augmenter le pourcentage des droits pour les albums de 6 à 7 ou 8 % serait un minimum acceptable qui grandirait le monde merveilleux de l’édition jeunesse, en plus d’être un barreau un poil déontologique sur l’échelle des discussions ; on aimerait penser que les risques sont liés à l’exercice même du métier d’éditeur et seulement à lui (les auteurs prennent autrement plus de risques en inscrivant leur travail dans la précarité la plus extrême : sais-tu, ami gloubiste, que l’auteur n’a pas le droit au chômage, alors qu’un caméraman pigiste ou un comédien touche le chômage au titre des intermittents du spectacle ?) ; on aimerait penser que dans le gentil cerveau des éditeurs des grandes maisons il y ait tous ces chiffres d’un côté de la balance, et de l’autre : le secteur jeunesse, en progression constante depuis trente ans, représente toujours 25 % du chiffres d’affaires global de l’édition en France.
Et puis, on aimerait penser que pour une fois qu’on a une ministresse de la Culture qui est aussi patronne d’un grand groupe d’édition (dont le secteur jeunesse comprend trois maisons : Actes Sud junior, éditions Thierry Magnier, éditions du Rouergue), les choses avancent, enfin. Mais lorqu’on relit la récente tribune de Marie Sellier, auteur de littérature jeunesse et présidente de la Société des gens de lettres, notre maison mère à tous, on subodore qu’on l’a dans le cul pour un bon moment : « Mais on ne peut plus aujourd’hui balayer le sujet d’un revers de la main, le qualifier d’option pas envisageable comme je l’ai encore entendu dire dernièrement lors des récentes Assises de la littérature jeunesse à la BNF. »




« Le monde hésitait. Attendait quelque chose. Au bord du lever de la lune. »
(Edward Abbey, Le Gang de la clef à molette)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Commentaires